Henri Lachmann : « les managers sont les premiers acteurs de santé et de QVT en entreprise »

Henri Lachmann est une personnalité connue et respectée du monde de l’entreprise française. Président de Schneider Electric de 1999 à 2012, il exerce de nombreux autres mandats sociaux. Très actif dans des domaines comme la revalorisation de la formation professionnelle, coauteur en 2010 avec Muriel Pénicaud et Christian Larose d’un rapport remis à François Fillon sur le bien-être et l’efficacité au travail, il donne aujourd’hui régulièrement des conférences sur ce sujet, la RSE et la QVT.

Vous avez remis en février 2010 un rapport à François Fillon sur le bien-être et la santé au travail, dans lequel figurent 10 propositions. Les lignes ont-elles bougé depuis ?

Ce travail nous a été demandé alors qu’on s’inquiétait des risques psychosociaux ayant conduit à des suicides dans un certain nombre d’entreprises. Nous avons voulu avoir une démarche positive en ne parlant pas de risques psychosociaux, mais plutôt de bien-être au travail. C’est dans le sens d’un meilleur bien-être au travail que vont nos propositions dans ce rapport. Nous sommes partis du postulat qu’il existe une vraie communauté d’intérêts entre bien-être au travail et efficacité économique, et qu’il y a donc là une occasion de réconcilier le capital et le travail. L’idée que nous voulions promouvoir est que le bien-être est un élément fondamental de la performance économique.

En tant que Président de Schneider Electric de 1999 à 2012, avez-vous pu vérifier et mettre en pratique cette conviction ?

Nous avons, quand je me trouvais chez Schneider Electric, créé le baromètre « Planète société » dans lequel figurent un certain nombre de critères RSE, dont bien entendu le bien-être. Ce baromètre de 13 critères est publié tous les trimestres et vérifié par les commissaires aux comptes, et cette publication intervient en même temps que celle du chiffre d’affaires et des résultats exclusivement économiques. Une partie de la rémunération variable des dirigeants de Schneider Electric (20%) est indexée sur la progression et l’amélioration de ce baromètre.

Ce principe de rémunération variable faisait partie des propositions soumises dans le rapport ?

De façon un peu plus large, nous avions dit que, la mesure induisant les comportements, il faut mesurer d’une façon ou d’une autre le bien-être au travail. L’important n’est pas la valeur absolue, mais l’évolution, la progression. Et nous suggérions en effet qu’une partie de la rémunération variable des dirigeants soit basée sur cette progression.

Vos recommandations ont-elles trouvé un écho dans les entreprises ?

Je le crois, car de plus en plus d’entreprises se préoccupent du bien-être au travail de leurs salariés. Je m’en rends compte notamment lors des conférences que je tiens depuis cinq ou six ans sur le sujet. Sanofi Montpellier, par exemple, vient de consacrer une semaine à cette question. L’une des idées que je m’efforce de diffuser largement est que le bien-être au travail est moins l’affaire des médecins que des managers. Les risques psychosociaux existent, et heureusement les médecins sont là pour les traiter, mais leur prévention est entre les mains des managers. Ils sont les premiers acteurs de santé de l’entreprise.

Vous parliez dans le rapport de donner aux salariés des moyens de se réaliser dans le travail. Comment traduire cela concrètement ?

Nous avons, dans notre rapport qui se voulait synthétique, soulevé un certain nombre de questions. Il faut aujourd’hui compenser certaines tendances irréversibles par des comportements et des attitudes différentes. À titre d’exemple, je suis convaincu que la digitalisation excessive des entreprises cannibalise les relations humaines. Le digital connecte, mais il isole également. Il faut tenir compte de ces facteurs pour donner plus d’autonomie, d’espaces de respiration et d’initiative aux salariés. Nous avons un taux de chômage de 10 %, ce qui n’était pas le cas il y a vingt ans. Ce changement de contexte est extrêmement important : il faut éviter de rentrer dans une logique où les salariés accepteraient un bien-être dégradé, notamment par un management inapproprié, par peur de perdre leur emploi, leur expertise. Voilà pourquoi le bien-être au travail mérite plus d’attention que jamais.

La nomination de Muriel Pénicaud en tant que ministre du Travail vous paraît-elle bonne pour porter les propositions que vous aviez élaborées avec elle dans ce rapport, et plus globalement le sujet de la QVT ?

Tout d’abord, Muriel Pénicaud connaît le monde de l’entreprise parce qu’elle en vient. Second point positif, elle a activement participé à la construction de notre réflexion dans ce rapport, elle y est donc authentiquement sensible. Néanmoins, il est probable qu’elle aura d’autres priorités dans les trois ou quatre mois à venir. À moins, peut-être, qu’elle n’essaie d’introduire la notion de bien-être au travail dans la nouvelle loi sur le contrat de travail, mais cela, je l’ignore. Ce dont je suis certain, c’est qu’elle a une sensibilité et des convictions sur le sujet, et qu’elle est tout à fait indiquée pour en faire la promotion.

D’après une étude parue en juin 2016, 67% des salariés se disent satisfaits de leur bien-être au travail, ce qui représente 7 points de moins qu’en Allemagne. À peine plus d’un Français sur deux considère que son entreprise agit dans le sens du bien-être au travail. Quels sont les freins, en France, à la progression de la QVT ?

La première chose est qu’il faudrait que les Français aiment leurs entreprises et leur industrie, ce qui n’est pas le cas. À titre d’exemple, l’un des rares succès de l’entreprise en France, c’est le CAC 40. Or celui-ci est constamment vilipendé. On adore dans notre pays les PME, mais on n’aime pas ceux qui réussissent, c’est-à-dire les grandes entreprises et les groupes. Pourtant, très clairement, la plupart des grandes entreprises sont de meilleurs employeurs, de meilleurs contribuables et de meilleurs citoyens que certaines PME et PMI.

Par ailleurs, j’ai une conviction très forte sur le sujet de l’apprentissage. En Allemagne, pays que vous citez, l’apprentissage constitue le premier lien entre la société et ses entreprises. Plus de 50% des jeunes Allemands sont formés en apprentissage, ce qui crée un vrai lien social avec l’entreprise et empêche que se développe une défiance vis-à-vis d’elle.

Vous dites que les salariés français doivent apprendre à aimer leurs entreprises. Celles-ci, de leur côté, ne doivent-elles pas apprendre à aimer davantage leurs salariés ?

Absolument, il y a aussi beaucoup de progrès à faire du côté de l’entreprise. Je suis très surpris par la financiarisation des entreprises et de l’économie. Les seules mesures qui paraissent importantes pour les entreprises sont d’ordre économique, alors qu’il devrait aussi y avoir des mesures sociales, environnementales, sur la QVT, etc. La mesure exclusivement économique et financière est atrophiante et insuffisante.

Cela empêche-t-il de combler le fossé qui semble se creuser entre l’entreprise et les salariés ?

Le fossé entre l’entreprise et les salariés n’est pas aussi grand qu’on veut bien le dire. La plupart des salariés sont plutôt fiers de l’entreprise dans laquelle ils travaillent. C’est en dehors de celle-ci qu’ils deviennent critiques.

Que recommandez-vous pour faire progresser la QVT en France ?

Il est nécessaire de réfléchir tous ensemble sur cette question : l’entreprise pour qui, l’entreprise pour quoi ? Il est temps de redéfinir le rôle de l’entreprise, qui n’est pas un lieu de production de valeur ou de bénéfice exclusivement au profit des actionnaires. Il y a d’autres parties prenantes – les clients, les collaborateurs, les territoires sur lesquels on opère – dont il faut tenir compte. Ces questions sont fondamentales dans la RSE, dont la QVT est une partie intégrante. Et c’est à l’entreprise que revient de prendre l’initiative de cette réflexion.


QVT et RSE : deux notions indissociables ?

La Responsabilité sociétale et environnementale (RSE) constitue aujourd’hui une préoccupation majeure de l’entreprise. Contrairement à ce que l’on pourrait penser spontanément, l’environnement et l’écologie n’en sont pas forcément les thématiques principales, les conditions de travail jouant un grand rôle dans la perception de ce qu’est une entreprise « responsable ». La RSE serait-elle avant tout une affaire de QVT ?

RSE et QVT : une convergence d’objectifs

Quels sont les enjeux prioritaires de la RSE pour les salariés ? D’après le baromètre de l’entreprise responsable 2015, les conditions de travail (en d’autres termes, la QVT) sont citées comme le sujet RSE à développer prioritairement(42 %) par les salariés interrogés, loin devant les questions liées à l’environnement (13 %), au développement local ou aux consommateurs.

Parallèlement, du côté de l’entreprise, le baromètre des enjeux RSE 2016 réalisé par Malakoff-Médéric et l’Observatoire sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises (ORSE) témoigne de la place tout aussi prépondérante accordée par les organisations à la QVT. L’amélioration de celle-ci vient en 4e position des objectifs prioritaires de la RSE, après l’image de l’entreprise et devant les préoccupations environnementales. Les objectifs visés par les entreprises consultées sont le bien-être au travail (64 %), la sécurité (52 %), la prévention de la santé (49 %), la qualité de l’environnement de travail (41 %) et la réduction des risques sociaux (35 %). Concrètement, 69 % des entreprises interrogées déclarent avoir mis en place des dispositifs en faveur de la santé, de la sécurité et de la QVT dans leur politique RSE. Enfin, 66 % d’entre elles estiment, par la voie de leurs dirigeants, que les actions en faveur de la santé et sécurité au travail améliorent leurs performances économiques.

Le fait est là : à l’heure où les problématiques d’intensification du travail et de risques psychosociaux inquiètent le monde médical, retiennent l’attention des médias et occupent une place de plus en plus prépondérante dans le dialogue social, la RSE de l’entreprise ne peut se construire exclusivement sur des engagements environnementaux ou écologiques. Les débats sur le réchauffement climatique ou sur les carences législatives vis-à-vis de la préservation de la nature constituent de vrais sujets, mais ils ne peuvent occulter les autres aspects de la RSE, au premier rang desquels le respect accordé à l’humain dans l’entreprise.

Promouvoir un nouveau regard sur l’entreprise

En France comme à l’étranger, le concept de RSE s’est développé sur une prise de conscience, par les consommateurs, de l’impact des produits qu’ils achètent ; sur l’environnement, avec notamment les questions liées à la pollution, mais aussi sur l’humain en termes de préservation de l’emploi, de pénibilité du travail, d’hygiène et de sécurité, de risques psychosociaux. On constate que les trois derniers sujets de cette liste relèvent très directement de la QVT.

Cela fait-il de la QVT un élément incontournable d’une politique de RSE ? Sans aucun doute, car améliorer le vivre ensemble et le bien-être au travail est une manière de rendre l’entreprise plus responsable. La QVT dépend notamment des conditions dans lesquelles les salariés exercent leur travail et de leur capacité à s’exprimer et agir sur le contenu de leur travail. Une QVT satisfaisante suppose que l’activité du salarié l’intéresse, lui permette d’avoir des responsabilités, de l’autonomie et de la reconnaissance. À ce sujet, nous avons déjà évoqué sur ce blog l’importance du management et de l’organisation du travail dans la QVT. Mais le sentiment de bien-être au travail a aussi besoin, pour naitre et grandir chez les salariés, de valeurs communes, partagées et vécues avec l’entreprise.

Au-delà des préoccupations environnementales, la RSE peut apporter beaucoup à la qualité de vie au travail par le prisme de l’engagement sociétal. Les collaborateurs se sentiront mieux dans une entreprise qui partage leurs convictions en matière de :

> diversité : l’égalité des droits, l’égalité homme-femmes, la représentation des minorités ethniques, sans oublier la représentation des seniors, sont autant de points qui peuvent figurer dans une charte de la diversité signée par l’entreprise.

> handicap : la QVT perçue augmente lorsqu’un collaborateur sait qu’il appartient à une entreprise qui accueille tous les profils, professionnels, culturels, humains. Il se sent plus enclin à s’engager pour une entreprise qui sait faire montre d’empathie et s’intéresser à la richesse de toutes les personnes.

On comprend à travers ces exemples que si la QVT nourrit la RSE de l’entreprise, l’inverse est également vrai. Les thématiques RSE aident à constituer un socle de valeurs essentiel à une bonne qualité de vie au travail ; symétriquement, une QVT de bon niveau témoigne de la réussite du projet de responsabilité sociale de l’entreprise. Les notions de qualité de vie au travail et de responsabilité sociale sont, en fait, indissociables l’une de l’autre.

 

Outre cette imbrication étroite, QVT et RSE ont un point commun essentiel : les deux impliquent un changement de paradigme, ou à tout le moins de s’interroger sérieusement sur ce qui fait la finalité d’une entreprise. Cette finalité ne peut être uniquement financière, l’activité d’une firme ayant des impacts sur tous ses publics, des collaborateurs aux candidats, des clients aux fournisseurs. Le dénominateur commun entre QVT et RSE tient peut-être dans le mot « respect » : respect de l’homme, de son environnement, de sa qualité de vie, de sa planète. Il ne s’agit pas de candeur ou d’idéalisme, mais d’orienter globalement la façon dont nous vivrons demain : en travaillant dans quel but, de quelle façon, et dans quel monde.

 


Enquête Parlons travail de la CFDT : la QVT en filigrane

Même si certains chercheurs et politiques envisagent sérieusement la disparition du travail, celle-ci n’est pas pour demain. Le travail reste l’un des éléments structurants de nos vies, voire le pivot autour duquel celles-ci s’articulent. Quelle relation entretiennent les salariés français avec leur travail ? Comment le vivent-ils au quotidien ? Pour le savoir, la CFDT a interrogé plus de 200 000 personnes et collecté 20,4 millions de réponses. Paru en mars, le rapport de cette enquête-fleuve nous livre des enseignements passionnants et démontre, en filigrane, combien la QVT est devenue un enjeu central de l’entreprise.

Pour commencer sur une note positive, apportons d’emblée la réponse à l’une des grandes questions de cette enquête inédite : les Français aiment-ils leur travail ? Oui, pour 77% d’entre eux. 59 % des répondants précisent prendre souvent du plaisir au travail, et plus de la moitié (57 %) se disent globalement fiers de ce qu’ils font.

Tout n’irait donc pas si mal dans nos entreprises. Les Français semblent estimer que l’on travaille mieux ensemble et apprécient leurs collègues : 79 % d’entre eux pensent même qu’il suffit d’un collègue sympa pour rendre le travail agréable. Sauf que...

Sauf que le travail s’est beaucoup intensifié ces dernières années, qu’il est perçu par les salariés comme dangereux pour leur santé, et que nombre d’entre eux éprouvent un mal-être qu’il convient aujourd’hui de combattre et prévenir. Revue de détail.

Des charges de travail excessives

51 % des répondants de l’enquête l’affirment : leur charge de travail est excessive, au point que plus de la moitié (58 %) déplorent de ne pas avoir le temps de faire leur travail correctement. Un tiers d’entre eux (34 %) ont même « l’impression d’être une machine » dans leur travail ! Cela explique au moins partiellement pourquoi 32 % de sondés disent travailler souvent en dehors de leurs horaires de travail, ou durant leurs jours de repos.

La notion de charge de travail « excessive » restant subjective, il est important de noter les critères utilisés par les chercheurs pour évaluer la « charge de travail » des répondants :
- pouvoir prendre tous ses congés et RTT (71 %),
- avoir une quantité de travail modérée (47 %),
- ne pas se voir fixer des objectifs intenables, ou rarement (78 %),
- avoir le temps de faire correctement son travail (42 %).

Or, ils ne sont que 29 % à remplir ces quatre conditions qui devraient pourtant être réunies pour tous les salariés. Sans surprise, cette intensification du travail se répercute sur la santé des intéressés : à titre d’exemple, 61 % de ceux qui ne cochent aucun critère dorment mal à cause de leur travail, contre 15 % de ceux qui les remplissent tous.

L’impact du travail sur la santé

Le volet consacré à la santé de l’enquête de la CFDT reflète deux phénomènes.

Le premier est bien connu : c’est logiquement parmi les ouvriers, employés peu qualifiés ou les personnes gagnant moins de 1 500 euros que l’on redoute le plus les impacts du travail sur la santé. Ils sont 40% à dire que le travail les délabre.

Globalement, 35% des répondants considèrent que leur travail nuit à leur santé, et 44% qu’ils lui doivent des douleurs physiques. Par ailleurs, 25% des répondants ont déjà été blessés au travail et 31% ont déjà eu une interruption du temps de travail supérieure à 8 jours due à leur travail.

Le second phénomène ressortant de l’enquête est assurément le mal-être généré par le travail : 25% des travailleurs interrogés affirment aller souvent au travail avec une boule au ventre, 34% mal dormir à cause de leur travail et 8 % qu’ils ne pourraient pas tenir au travail sans médicaments. Plus éloquent encore est ce chiffre : 36% déclarent avoir fait un burn-out. Certes, le mot n’est peut-être pas toujours employé à bon escient par les répondants, mais le fait qu’un tiers d’entre eux disent avoir été atteints par cette pathologie témoigne d’un taux de souffrance psychologique élevé dans les entreprises françaises. Outre l’intensification du travail, à quoi ce résultat inquiétant tient-il ?

Le manque d’autonomie, source majeure de mal-être au travail

C’est l’un des grands enseignements de cette enquête : les trois quarts des sondés préféreraient plus d’autonomie à plus d’encadrement. Rien d’étonnant à cela, quand on sait que 40% d’entre eux ont l’impression de passer plus de temps à rendre des comptes qu’à travailler !

Dans le détail, plus de la moitié des répondants (55%) estime que l’organisation du planning de travail est effectuée suffisamment en amont et avoir la possibilité de mettre ses propres idées en pratique. Près des deux tiers (65%) ont l’impression de ne pas être considérés comme des machines. Cependant, seuls 27% d’entre eux cochent ces trois critères, retenus pour mesurer leur niveau d’autonomie. En d’autres termes, plus de deux tiers des sondés ne bénéficieraient pas d’un niveau d’autonomie normal.

Or l’autonomie des salariés dans l’entreprise tient à deux éléments : l’organisation du travail et le management. Et les sondés ne sont pas tendres avec le second. Si 51 % d’entre eux déclarent ne pas pouvoir compter sur l’aide de leur supérieur, une majorité plus large encore (62 %) estime que ne pas avoir de manager ne changerait rien à leur travail, et ils sont aussi 25% à penser qu’ils travailleraient mieux sans lui.

Il est, en outre, intéressant de relever que les managers eux-mêmes déplorent une marge de manœuvre beaucoup trop faible. À titre d’exemple, 68 % des cadres disposent d’un niveau d’autonomie inférieure à la normale (selon les critères déjà évoqués). Une organisation qui génère un mal-être à la fois chez les salariés et chez les cadres ne doit-elle pas s’interroger profondément sur son fonctionnement ? Le fait est que seule une démarche de QVT globale permet de changer de logiciel sur ces points cruciaux que sont l’organisation et le management, dont découlent en fait la plupart des freins à la performance pour l’entreprise : désengagement, absentéisme, risques psychosociaux, burn-out, etc.

L’enquête de la CFDT révèle bien d’autres éléments sur l’état d’esprit des salariés français vis-à-vis de leur travail : perception de la légitimité des promotions, regard – plutôt désenchanté – sur la notion de carrière... On constate en tout cas, si l’on s’en tient aux éléments primordiaux évoqués dans cet article, que la machine se grippe toujours sur des questions liées de près, voire de très près, à la qualité de vie au travail. Les entreprises ayant compris cela disposent déjà de quelques longueurs d’avance : comme le jugeait sur ce blog le Secrétaire national de la CFDT Hervé Garnier, « la QVT offre une belle opportunité de reposer la question du travail en entreprise, puisqu’elle en augmente la performance ».


Réflexions de fond, QVT des libéraux de la Santé, « congé menstruel » : la revue de presse et du web QVT

Il est toujours intéressant de lire des tribunes exprimant un point de vue global sur la QVT, non limité à un seul aspect de celle-ci : en voici trois sélectionnées pour vous. Découvrez également les réactions au second volet du plan QVT de Marisol Touraine pour les professionnels de la santé, dédié aux libéraux. Quant au projet de loi pour un « congé menstruel » en Italie, il constitue le troisième thème de votre revue de presse et du web QVT.

La QVT sur le fond

Si l’intérêt pour la QVT ne cesse de croître, les articles traitant le sujet sur le fond ne sont pas forcément les plus nombreux. Trois tribunes parues ces derniers jours se distinguent en offrant une certaine hauteur de vue.

Pratiquer la QVT sans le savoir

Publiée sur le site de FocusRH (28 mars), une tribune de Gilles Riou part de l’idée que c’est « l’usage nucléaire » du mot RPS qui a fait émerger le concept de QVT dans les entreprises. Et que c’est « à partir de cette approche négative du sujet de la santé au travail, en lien avec l’émergence de thématiques comme [...] l’équilibre vie privée / vie professionnelle » qu’a émergé le concept de QVT. Son analyse livre des réflexions méritant d’être méditées, comme celle-ci : « le principal écueil consiste à penser la QVT comme un ensemble de mesures, une liste à la Prévert. [...] Il y a là danger que la QVT devienne une antivaleur du travail. »

Promettre le bonheur au travail est-il dangereux ?

Dans une tribune publiée sur le site du Huffington Post (20 mars), Loïc Hislaire, DRH de la SNCF, livre ses conseils pour favoriser le bien-être au bureau. Constatant que « l'idée que les salariés sont plus efficaces lorsqu'ils sont heureux au travail s'est imposée ces dernières années », il relève les efforts consentis par l’entreprise et encouragés par les pouvoirs publics pour favoriser la QVT. Il met cependant en garde : « Tout comme il faut éviter que le travail soit un lieu de souffrance, il serait dangereux de vouloir y promettre le bonheur ». Ses recommandations insistent sur le rôle crucial de l’organisation.

Disruption et flexibilité

Sur le site du quotidien Les Echos (28 mars), Pierre-André Svetchine s’interroge sur l’irruption de la disruption et de la flexibilité dans les espaces de travail. Rappelant que « la QVT est le critère le plus important au travail pour 41% des salariés », il déroule son point de vue sur l’évolution de l’environnement de travail et la nécessité de répondre à trois impératifs : « comprendre l'espace de travail comme un lieu collaboratif », « rendre l'espace de travail adéquat aux attentes des salariés » et « oser la différence ».

QVT des professionnels de santé libéraux

Le ministre de la Santé avait dévoilé en décembre une stratégie nationale d’amélioration de la QVT des soignants exerçant dans des établissements de santé. Elle a présenté le 21 mars la partie de son plan réservée aux libéraux, qui a logiquement trouvé un fort écho sur les supports spécialisés.

Site dédié à l’actualité infirmière, Actusoin (23 mars) présente les trois axes de la stratégie : améliorer les conditions d’exercice, assurer la sécurité des soignants exerçant en ambulatoire, prévenir et prendre en charge la souffrance au travail. L’article n’est pas critique, mais mentionne « la faiblesse des moyens accordés » dénoncée par les syndicats.

Le site du Journal International de Médecine, ou JIM (22 mars) s’attarde de son côté sur certains points du plan de la Ministre, comme les campagnes de sensibilisation destinées à lutter contre l’autodiagnostic et l’automédication.

Sur le site Pourquoi Docteur (22 mars), le rédacteur conclut une présentation détaillée du plan ministériel en pointant ses faiblesses : « à cinq semaines du premier tour de l'élection présidentielle, Marisol Touraine n'a précisé ni le calendrier d'action ni le financement pour appliquer les différentes mesures du plan [...]. L'occasion pour les médecins libéraux de souligner une nouvelle fois la différence de traitements avec les praticiens hospitaliers. »

Italie : bientôt un congé menstruel ?

Un projet de loi devant prochainement être examiné par le parlement italien a suscité des dizaines d’articles en France : accorder un congé mensuel de trois jours au salariées souffrant de règles douloureuses, ce qui serait une vraie première en Europe. Sans doute une avancée pour la QVT des femmes, mais avec des risques d’impacts négatifs à considérer...

Sur le site de LCI (29 mars), Charlotte Anglade rappelle que « les règles semblent rester taboues en France », mais que nos voisins transalpins ont le mérite de se saisir du problème. La rédactrice souligne que 60 à 90% d'Italiennes sont touchées par la dysménorrhée (règles douloureuses).

Sur son site Temps réel (28 mars), le nouvel Observateur pose « 4 questions » sur le projet de loi, dont une touchant aux « inquiétudes pour l’accès au marché de l’emploi ». La rédactrice souligne la dureté de celui-ci pour les Italiennes, avec seulement 61% d’entre elles qui travaillent contre 72% en moyenne en Europe.

Libération (28 mars) consacre de son côté un article aux pays précurseurs en la matière, tels le Japon dès 1947 ou, plus récemment, la Zambie !

Enfin, sur le site de Ouest France (28 mars), un article alerte sur le fait que les femmes italiennes, souvent abusivement licenciées lorsqu’elles sont enceintes, pourraient en plus pâtir avec cette mesure d’un renforcement des préjugés et stéréotypes.