Avec la crise de la Covid 19, les médias s’intéressent de près à un modèle d’entreprise qui semble mieux résister à cette période incertaine : l’entreprise libérée. En 2012, l’ouvrage d’Isaac Getz et de Brian M.Corney “ Liberté et Cie : quand la liberté des salariés fait le succès des entreprises” a conduit les auteurs à théoriser le concept. Prises d’initiatives des salariés versus tâches imposées, primeur de la confiance et de la reconnaissance sur le contrôle et la méfiance : les valeurs de l’entreprise libérée assurent de placer le bien-être au travail au cœur du management. En temps de crise, ce modèle est-il au rendez-vous de ses promesses ? 

Entreprise libérée : bien plus qu’un modèle, un état d’esprit 

Agile et flexible, tels pourraient être les maîtres mots pour dessiner les contours de l’entreprise libérée. Les salariés y fixent leurs propres objectifs, leur propre salaire mais aussi leur mode d’organisation. Chacun peut ainsi entreprendre son activité comme bon lui semble, sans obtenir l’aval d’un manager.

En ce sens, décrire l’entreprise libérée comme un seul et unique modèle ne fonctionne pas. Il s’agit davantage d’une essence, d’un état d’esprit voire d’une philosophie de vie qui peut varier d’une organisation à l’autre même si un socle de valeurs communes existent dans chacune de ces entreprises. Le bannissement de la hiérarchie, la prise de décision en commun et l’importance de la transparence y sont incontournables. 

Chaque membre de l’entreprise a ainsi accès aux informations financières et à une certaine pédagogie quant à leur compréhension. Le dirigeant de l’entreprise dite libérée s’emploie à expliquer la gestion budgétaire et les choix de restriction si toutefois elles s’imposent. Les chiffres ne doivent en aucun cas être tabous. Parallèlement, chaque membre intègre sa responsabilité dans le maintien à flot de l’entreprise, un rôle individuel à jouer dans le dessein collectif. 

Un article de Welcome To The Jungle relate les témoignages d’entreprises libérées à l’heure  de la Covid 19. Si ces dernières n’ont pas échappé à la pression d’un contexte inédit, elles étaient déjà habituées au télétravail et à une certaine flexibilité en termes d’horaires. Les nouveaux risques psychosociaux associés au confinement n’ont ainsi pas épargné les entreprises libérées. Savoir plus tôt qu’une vague de licenciements se prépare reste violent même si ce type de structure plus “souple” intègre davantage la résilience et l’adaptabilité à son mode de fonctionnement.

‘’Avant l’entreprise libérée, il est question de libération de l’entreprise. Selon Isaac Getz, “ une autre façon de créer la motivation, ou plutôt de l’auto-motivation, c’est d’agir sur l’environnement plutôt que sur les personnes”’’

Vers la généralisation de l’entreprise libérée ? 

Avant l’entreprise libérée, il est question de libération de l’entreprise. Selon Isaac Getz, “ une autre façon de créer la motivation, ou plutôt de l’auto-motivation, c’est d’agir sur l’environnement plutôt que sur les personnes”. Dans un cadre où l’autorégulation et la responsabilité de chacun priment, le bien-être est forcément renforcé de même que la performance. L’environnement extérieur étant moins contraignant, les collaborateurs sont donc plus à même de faire ressortir leur côté créatif. Les salariés libérés de la contrainte d’un management par le contrôle seraient plus ambitieux et entreprenants. Est-ce à dire que leur travail rejoint leur quête de sens ? Se sentent-ils davantage engagés par leur capacité de décider au même titre que tous leurs collègues ? 

Décider requiert de se positionner individuellement dans une logique collective, un poids que tout à chacun, même avec la meilleure volonté au monde, n’est peut-être pas prêt à assumer. L’exercice du pouvoir, aussi commun qu’il puisse être dans les entreprises libérées, interroge le rôle fondamental du manager ainsi que la présence d’une structure qui permette à chaque partie prenante de trouver des repères. Qui dit structure ne dit pas nécessairement rigidité. 

Au-delà de nouvelles caractéristiques de gouvernance d’entreprise, le véritable sujet réside avant tout dans la manière dont est exercé le pouvoir. La philosophie de l’entreprise libérée a bien mis le doigt sur ce qui va à l’encontre des standards de la Qualité de Vie au Travail comme un mode de management vertical basé sur une multitude d’exécutants et quelques décisionnaires. Toutefois, elle n’est pas une solution miracle où le collectif crée d’office une nouvelle norme de bien-être pour tous. 

Réinventer l’organisation n’oriente pas de fait l’entreprise vers un management collectif. La première étape consiste avant tout à savoir ce qui doit primer pour  libérer le plein potentiel de l’Humain en entreprise.